Ratio Missionum

RATIO MISSIONUM
Congregatio Missionis

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Or sus, demandons à Dieu qu’il donne à la Compagnie cet esprit, ce cœur, ce cœur qui nous fasse aller partout, ce cœur du Fils de Dieu, cœur de Notre-Seigneur, cœur de Notre-Seigneur, qui nous dispose à aller comme il irait et comme il serait allé, si sa sagesse éternelle eût jugé à propos de travailler pour la conversion des nations pauvres. (SV XI, 291).

INTRODUCTION

Se mettre à la suite du Christ, Évangélisateur des Pauvres (C. 1), c’est le moteur même dissimulé derrière notre vocation missionnaire vincentienne. Ce fut la rencontre inattendue des plus délaissés, dans des endroits comme Folleville et Châtillon qui forcèrent saint Vincent à modifier sa compréhension des Évangiles et l’amenèrent à une relation de plus en plus profonde avec le Christ, le Missionnaire du Père. Aidé par des personnages comme Pierre de Bérulle, François de Sales et André Duval, il devina peu à peu dans quelle direction l’Esprit entendait le voir mener sa vie et parvint graduellement à reconnaître qu’il était appelé à participer à la Mission de Jésus pour évangéliser et servir les pauvres.

Les premiers membres de la Congrégation partagèrent le regard porté par Vincent sur l’Évangile. Inspirés par son exemple et sensibles à la résonance dans leur propre vie de son charisme, ils s’assemblèrent autour de notre Fondateur en vue de réaliser leur vocation de se mettre à la suite de Jésus comme évangélisateurs des pauvres. Vincent leur dit: Nous sommes en cette vocation fort conformes à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, ce semble, avait fait son principal, en venant au monde, d’assister les pauvres et d’en prendre le soin. (SV XI, 108).

Alors que le charisme de base de la Congrégation de la Mission était parfaitement clair dès les premiers jours de sa fondation, les structures et les ministères qui découlèrent de l’inspiration originale de Vincent ne se développèrent que lentement. Les événements, les besoins urgents et les sollicitations pressantes mirent constamment les premiers Vincentiens au défi d’élargir leur manière de comprendre comment il leur faudrait vivre leur vocation. Le groupe des missionnaires qui furent les pionniers en cette matière exprimèrent leur charisme sous la forme de missions populaires prêchées dans la campagne. Au bout de très peu d’années ils eurent à assumer le travail de formation du clergé. Puis graduellement, les missionnaires débordèrent les frontières de la France pour aller au secours des Églises locales de l’Italie, de l’Irlande, de l’Ecosse et de la Pologne, et jusqu’aux petits groupes d’esclaves chrétiens d’Afrique du Nord. En 1648 Vincent, reconnaissant que les missions ad gentes représentaient une autre façon très importante de vivre notre vocation missionnaire, envoya le premier de six groupes à Madagascar.

Vincent a fréquemment réfléchi sur ces développements, dans ses conférences et dans ses lettres dans lesquelles on peut noter un progrès dans son appréciation de la place des missions étrangères dans la vie de la Compagnie. Qu’heureuse, ô qu’heureuse, leur disait-il, est la condition du missionnaire qui n’a point d’autres bornes de ses missions et de ses travaux pour Jésus-Christ que toute la terre habitable! Pourquoi donc restreindre à un point et nous prescrire des limites, puisque Dieu nous a donné une telle étendue pour exercer notre zèle?2 Dans une autre occasion il fait la remarque suivante: Que veut dire missionnaire? C’est à dire envoyé. Oui, mes frères, missionnaire veut dire envoyé de Dieu, et c’est à vous que Notre-Seigneur a dit: Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute créature (SV XII, 27). À un groupe de missionnaires envoyés à Madagascar, il affirme: Selon les règles de notre Institut, nous sommes obligés de travailler au salut des âmes là où Dieu nous appellera, et par-dessus tout, dans les endroits où le besoin est plus grand et où les ouvriers de l’Évangile font défaut et, sachant qu’aux Indes, spécialement dans les îles de Madagascar… on manque beaucoup d’ouvriers alors que la moisson est abondante… nous vous destinons et envoyons à ces gens sur lesdites îles et autres endroits des Indes pour que, selon la fonction de notre Institut, vous puissiez vous dévouer au salut des âmes de toutes vos forces et avec l’aide de la grâce de Dieu (SV XIII, 314).

Dans un moment d’enthousiasme, Vincent exprima à Charles Nacquart sa grande estime pour les missions à l’étranger: il n’y a condition que je souhaitasse plus sur la terre, s’il m’était loisible, que celle de vous aller servir de compagnon à la place de M. Gondrée (SV III, 285). Vers la fin de sa vie, en décembre 1658, il lança un appel passionné en faveur d’un maintien des ministères qui s’étaient développés dans la Congrégation, spécialement en faveur des missions à l’étranger. Ses arguments pour les défendre consistaient à souligner qu’elles répondaient à notre vocation fondamentale, celle d’évangéliser les pauvres. Il mit ses confrères en garde contre la tentation de ceux qui chercheraient à négliger ou à abandonner les missions difficiles à cause de la distance, du manque de personnel, d’une perte de l’esprit missionnaire. Il y aura, disait-il, des gens mitonnés, des gens qui n’ont qu’une petite périphérie, qui bornent leur vue et leurs desseins à certaine circonférence où ils s’enferment comme en un point ; ils ne veulent sortir de là. (SV XII, 92).

Au cours des siècles la Congrégation de la Mission s’est efforcée de rester fidèle à l’héritage que St. Vincent nous a laissé sur les missions étrangères. En vue de répondre aux demandes des Églises locales et de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, des missionnaires sont partis pour l’Asie, l’Océanie, l’Afrique et les Amériques. Sous l’inspiration du charisme Vincentien, des confrères célèbres, tels Sts Justin de Jacobis, Jean Gabriel Perboyre et François Régis Clet, et bien d’autres missionnaires moins connus ont consacré leur vie à prêcher l’Évangile dans des pays de cultures nouvelles. Le même charisme missionnaire Vincentien est encore vivant dans le cœur des membres de la Congrégation de la Mission en ce début du XXIe siècle. Cette “Ratio Missionum” a pour but d’offrir des conseils destinés à aider ceux qui sont appelés à servir dans les missions à l’étranger. Ils ont été rédigés à la lumière des nombreux changements survenus dans l’Église et dans le Monde au cours des années récentes.

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